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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 05:01

Virginia Woolf a sublimé la folie dont elle croyait être atteinte. Ecrivaine de génie, critique littéraire et éditrice, Virginia Woolf a fasciné ses contemporains par sa créativité d’avant-garde. Son expérience intime de la folie, transcendée par l’écriture, fait d’elle le chef de file du roman psychologique, et sa vie de femme libre continue d’inspirer les féministes d’aujourd’hui.

Une image trompeuse

Mélancolique et suicidaire : on a longtemps réduit Virginia Woolf à ces deux adjectifs. Celle qui a bousculé le roman au début du XXe siècle fut sans doute toujours hantée par le souvenir d’une enfance difficile. Des années durant, elle subit les agressions sexuelles de ses demi-frères, nés d’un premier mariage de sa mère. Celle-ci décède l’année de ses 13 ans, laissant Virginia en proie à sa première grande dépression. En secret, la jeune fille nourrit alors le désir de devenir écrivaine.

Une culture d’autodidacte

Déterminée, elle dévore la littérature en autodidacte, et commence très tôt la rédaction de son "Journal" (Publié en huit volumes, Stock, 1981-1990). Mais il lui faudra attendre la mort de son père, écrivain lui-même, pour s’atteler à son premier roman, qu’elle mettra dix ans à écrire.

La « révolution » Bloomsbury

Avec son frère Thoby et sa sœur Vanessa, elle appartiendra au fameux groupe de Bloomsbury, un cercle intellectuel occupé à secouer la société bien-pensante. Elle y rencontre Leonard Woolf, son futur époux, avec qui elle crée la Hogarth Press, qui publiera tous ses romans.

Cette indépendance lui permet d’aller au bout de son art, sans avoir à plaire à un éditeur. Auprès de Leonard, Virginia est apaisée. Mais elle ne connaîtra la passion qu’auprès de femmes, dont l’écrivaine Vita Sackville-West, ce qui conduira certains à voir en elle une pionnière de la bisexualité.

Sa vie durant, hallucinations et idées morbides l’accablent, lui laissant de moins en moins de répit. En 1941, elle ne peut plus lutter. Les poches remplies de cailloux, elle achève son ultime promenade en allant se jeter dans la rivière Ouse.

L’émancipation intellectuelle des femmes

Longtemps révoltée de n’avoir pu faire d’études, Virginia écrit "Une chambre à soi" (un essai passionnant et énergique, toujours d’actualité, 10/18, 2001), véritable pamphlet pour le droit des femmes à la liberté intellectuelle qui « dépend des choses matérielles ». Or « les femmes ont toujours été pauvres, et cela non seulement depuis deux cents ans, mais depuis le commencement des temps. Les femmes ont eu moins de liberté intellectuelle que les fils des esclaves athéniens. Les femmes n’ont donc pas eu la moindre chance de pouvoir écrire des poèmes. Voilà pourquoi j’ai tant insisté sur l’argent et une chambre à soi. »

Le mal de vivre

L’écriture fut pour Virginia Woolf un véritable rempart contre son mal de vivre. « Si je ne passais jamais par ces crises si extraordinairement pénétrantes d’agitation ou de repos […], je finirais par m’abandonner et me soumettre. Il y a là au contraire, quelque chose qui m’oblige à lutter. » (11 octobre 1929, Journal). Puisant dans les moments les plus tragiques de son histoire, elle transforme méthodiquement ses souffrances psychiques en de sublimes inventions narratives, que les écrivains d’aujourd’hui continuent de lui envier.

Etre soi de toute urgence

Aux alentours de 1930, ses amis disparaissant, la mort revient la hanter. Pourtant, ce n’est pas la perspective de mourir qui l’angoisse, mais celle de ne pouvoir achever son œuvre. Elle décide alors d’écrire de toute ardeur, méprisant autant les critiques que les reconnaissances.

« Etre immune, confie-t-elle à son journal, c’est vivre à l’abri des chocs, des ennuis, des souffrances, c’est être hors de portée des flèches, avoir assez de bien pour vivre sans rechercher flatterie ni réussite, ne pas être obligée d’accepter les invitations et ne pas se soucier des éloges que reçoivent les autres. » Ce qui compte désormais, pour elle et ceux qui la lisent, c’est être soi sans compromis.

Qui était Virginia Woolf ?

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