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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 21:51

On peut apprécier les romans de Tristan Garcia, et notamment son très expérimental roman "7", qui lui a valu le prix du Livre Inter 2016. Mais ses écrits philosophiques, rédigés d'une plume alerte et claire, qui n'est que trop rarement le propre des écrits philosophiques, présentent un intérêt beaucoup plus vif et témoignent d'une personnalité puissante et souvent poétique.

Dans son essai La Vie intense. Une Obsession moderne, il se penche sur la notion d'intensité et la force avec laquelle elle s'est immiscée dans nos vies. Vitesse, progrès, croissance, accélération, optimisation, etc. Les bracelets connectés en sont la preuve ultime : tout est aujourd'hui fait pour que nous contrôlions l'intensité de notre existence « qui va et vient, tel un petit chariot lancé en boucle sur des montagnes russes ».

Puissance qui organise le monde capitaliste, l'intensité est devenue un principe de vie, explique Tristan Garcia dans son nouvel essai La Vie intense. Une obsession moderne. Le philosophe et romancier, né en 1981, rappelle d'abord comment le courant électrique a, à un moment donné, remplacé l'écoulement de la rivière en tant qu'image du devenir : « L'électricité est devenue une sorte d'eau invisible, nichée au coeur même de la matière, et qualifiée dans un premier temps de "fluide subtil" : une eau de feu donc, mêlant les qualités de la première (mouvement et fluidité) à celles du second (chaleur et lumière), afin de former une énergie inédite. » A partir du XVIIIe siècle, la modernité, ainsi, est devenue électrique.

Cette fée électricité a inauguré l'ère de l'intensité. Jusqu'à son épuisement, dans la routine, par exemple ? « Vouloir augmenter notre vie ne conduit plus qu'à la diminuer », tranche le méta-physicien qui explore deux voies possibles. La neutralisation de l'intensité dans la sagesse — « Etre sage, c'est en effet être égal, éviter les hauts pics et les creux profonds de ses humeurs et de ses passions. C'est travailler à la désintensification systématique de soi » — ou sa transfiguration dans une promesse de salut, « état de l'existence supérieur et souverain, où les intensités ne varient plus jamais ». Garcia les rejette finalement pour célébrer la chance d'être vivant.

TRISTAN GARCIA, "LA VIE INTENSE"

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