Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 18:38

La capacité première de Keiichiro Hirano, à mon sens, au-delà même de ses immenses – et protéiformes – qualités de style, pour autant que je puisse en juger à travers les excellentes traductions dont ses livres font preuve, notamment celles de la très « sensible », dans l’acception française comme dans l’acception anglaise, Corinne Atlan, la capacité première de Keiichiro Hirano, donc, est sa redoutable intuition des êtres, des choses, des époques.

 

Pour être capable de comprendre de l’intérieur les souffrances de l’âme, les tortures de l’esprit, les félicités incluses dans un ciel d’azur comme dans un orage d’été, il faut sans doute être japonais. Il faut surtout avoir été un enfant solitaire, heureux de l’être au fond, qui s’est construit un univers imaginaire à partir d’observations à la Sherlock Holmes, qui a construit un univers intérieur contenant l’univers – si étroit – des hommes (et des femmes, cela va sans dire). Il faut avoir considéré, sans les prendre de haut mais avec compassion, les passions pauvres de son accidentel entourage. Il faut avoir été aimé, mais incomplètement. Il faut avoir vécu, dès les premières heures, la bénédiction – ou la malédiction, on a le choix des mots – de la diffusion de la personnalité et de ses illusions dans le monde, condition première de son appréhension et de sa compréhension totale et immédiate.

 

Dans ses livres, Keiichiro semble s’attacher à réparer le monde. Le lecteur trop lointain ignore si le processus est conscient ou non, et d’ailleurs si cela fait une différence. Mais Keiichiro Hirano semble n’avoir de cesse de constater (j’allais écrire de « dénoncer ») la souffrance des êtres et des sociétés, dans le but de les libérer. Il y a, bien sûr, quelque chose de Mishima en lui, dans le sens d’une psychologie qui dépasse et transcende la psychologie normalisée et limitée de certains romans contemporains. Mais là où les livres de Mishima portent la trace d’un trop-plein et d’un déroutage qui l’on défait, ceux de Keiichiro Hirano portent celle d’un manque qui l’a construit.

 

C’est la raison pour laquelle Keiichiro Hirano, l’auteur, est incomparable, même s’il est facile de le comparer aux plus grands. Il faudrait, pour le comparer, aligner sur la scène Yukio Mishima, bien sûr, mais aussi Thomas Mann, Virginia Woolf, Ryunosuke Akutagawa et de nombreux auteurs modernes, voire modernistes. Il faudrait y faire figurer aussi Siddharta Gautama, attaché à son rôle de médecin des âmes. A la seule différence que ce dernier n’écrivit rien et comptait sur la seule parole. Une parole que Keiichiro Hirano manie à la perfection dans ses conférences, dans les médias et dans ses rencontres.

Keiichiro Hirano ou l'intuition victorieuse

Partager cet article

Repost0

commentaires