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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 04:26

 

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Angelica Vanessa Garnett est morte ce vendredi 4 mai au matin dans la chambre d'une clinique à Aix-en-Provence. C'est une belle nouvelle triste. Triste, parce que j'étais son ami. Belle, parce qu'elle n'a pas souffert, parce qu'elle était prête, parce que mourir à la fin d'une vie, comme disait Léonard de Vinci, c'est comme se coucher après une vie bien remplie. Et la sienne l'aura été, remplie.

 

Non, sa mort n'est pas triste. Si je suis triste aujourd'hui, c'est pour des raisons égoïstes. Parce que je ne pousserai plus jamais la porte en bois bleu qui donne accès au jardin luxuriant de sa maison de Forcalquier. Parce que je ne frapperai plus jamais à la vitre de la porte-vitrée entrouverte sur le salon. Parce que je n'embrasserai plus jamais son visage ridé et souriant. Parce que sa chatte Pussy ne sautera plus sur mes genoux par surprise. Parce qu'elle ne me proposera plus jamais un verre de whisky selon un rituel convenu : « Un verre de whisky ? Ce n'est pas le meilleur – Non mais c'est un Grant's ». Toujours du Grant's, le nom de son père. Jamais du Bell's, celui de sa mère, celui qu'elle portait jeune fille.

 

Jamais plus elle ne me montrera dans son studio à l'étage ses dernières peintures. Jamais plus je n'irai chercher ma voiture pour la poster à l'entrée de l'étage afin qu'elle puisse grimper plus aisément à l'intérieur. Jamais plus nous n'irons déjeuner dans l'un de ces bistrots de village qui sont légion au cœur du Luberon. Son préféré était le Bistrot de Pierrerue, tenu par un couple d'Américains, comme la plupart des établissements de la région.

 

Angelica Garnett était née en 1918 en Angleterre. Elle était la fille des peintres Vanessa Bell, sœur aînée de Virginia Woolf, et Duncan Grant. Je l'avais contactée il y a des années pour recueillir ses souvenirs sur sa célèbre tante, sur laquelle je préparais un essai, puis sur son père, sur qui je devais publier une biographie en deux tomes en 2012. Je viens de terminer un livre sur son frère, le poète socialiste Julian Bell, mort dans la guerre d'Espagne en 1937. Elle aura juste eu le temps de le lire.

 

Elle-même était devenue peintre et femme de lettres. On la présentait partout comme la dernière représentante du groupe de Bloomsbury. Une caractéristique qu'elle refusait totalement, se voulant indépendante, ayant fui l'Angleterre pour faire enfin sa vie, loin des affres d'une famille que Freud aurait sans doute adorée.

 

Après des études dans l'Essex, elle visite Rome et Paris en 1935. Elle épouse l'écrivain David Garnett en 1942 mais ils se séparent en 1961 après avoir eu quatre enfants. Elle quitte l'Angleterre en 1984 et s'installe dans le sud de la France. Elle expose ses œuvres, notamment à la galerie Gage à Londres et à la galerie Antonio Jannone à Milan.

 

Angelica avait publié une autobiographie an début des années 1980, Deceived with Kindness (Trompeuse gentillesse), démythifiant le cercle de Bloomsbury et provoquant par là une véritable polémique. Le livre avait reçu le prix Ackerley. Elle avait ensuite publié une série d'essais et plus récemment un recueil de nouvelles d'inspiration très autobiographique.

 

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