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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 07:05

CS

 

Il ne faisait jadis aucun doute à ce sujet : il était possible d'être humaniste et athée. C'était l'époque où l'humanisme se réclamait des lettres antiques, d'une éthique rationnelle, d'une place précise de l'humain dans la nature. Depuis, cette cohérence a vacillé.Que sont devenus les fondements de l'humanisme ? Qu'est-ce que l'humain ? Sa valeur ? Sa spécificité ? Sa légitimité ?

 

Si l'on en croit Rémi Brague, dans Le Propre de l'homme, une légitimité menacée, l'humanisme serait devenu purement réactif. On s'y raccroche sans trop savoir ce qui fait le propre de l'homme.On a expliqué en quoi l'homme se différencie des autres espèces naturelles, puis en quoi il leur est supérieur, pourquoi il doit dominer le monde, avant de ne tolérer, au-dessus de l'humanité, rien de plus haut.

 

Mais depuis la mise en cause de la domination humaine sur les espèces vivantes -- les apports de l'éthologie ont notamment bousculé les valeurs anciennes, déjà mises à mal par Charles Darwin --, voire sur tout le naturel, l'humanité est devenue aux yeux de certains une terrible engeance dont la planète serait victime. "Le monde existait avant nous, souligne l'écrivain américain Gore Vidal, il continuera après."

 

Rémi Brague montre combien cette interrogation est cruciale et embarrassante : sur quoi peut-on s'appuyer pour soutenir qu'il est bon que l'humanité existe, qu'il est nécessaire qu'elle survive, qu'il est légitime qu'elle se donne des règles morales ? Le problème soulevé par Brague est pertinent. Sa solution paraît plus discutable : en résumé, le DIeu biblique ou rien. Pour lui, soit on pose une transcendance, une justification extra-humaine de l'humain, et dans ce cas on ancre dans le ciel sa valeur ; soit on ne parvient pas à défendre la beauté de l'existence, et même, à terme, la simple survie de l'espèce humaine. Ainsi, l'humanisme athée serait impossible et son échec consommé.

 

Le défi reste à relever. On devra peut-être mobiliser le ban et l'arrière-ban du matérialisme, de Démocrite à Marx, de Lucrèce à Diderot, mais aussi inventer des idées nouvelles, à partir notamment de Castoriadis et de sa conception d'un imaginaire radical. Car la pensée de Rémi Brague est provocatrice au meilleur sens du terme; : en mettant le doigt sur de vraies difficultés, elle incite au débat. A condition de ne pas oublier que la barre est assez haut.

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