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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 16:10

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Françoise Sagan racontée par son fils Denis Westhoff dans un livre de souvenirs. Parfois anecdotique, souvent profondément attachant.

“La place toute privilégiée que j’ai occupée aux côtés de ma mère me place aujourd’hui dans une position aussi inédite que désignée, celle d’un redresseur de torts de biographies.” Dès l’introduction, le fils de Françoise Sagan et de Bob Westhoff annonce la couleur. Tout au long de son texte, il semblera vouloir racheter la réputation de sa mère sans qu’on sache véritablement quels torts lui auraient faits les ou surtout LA biographe (Marie-Dominique Lelièvre ?) contre laquelle il semble écrire.

Au fond, la question que pose ce livre de souvenirs (car c’est bien de cela dont il s’agit) est la suivante : les enfants d’artistes sont-ils les mieux placés pour évoquer leurs parents ? Car à trop vouloir raconter son enfance, Denis Westhoff nous parle un peu trop longuement de lui-même, sans parvenir à nous passionner. Et quand il s’agit de sa mère, son récit abonde de détails anecdotiques certainement charmants pour un enfant mais de peu d’envergure pour un lecteur – ainsi, rien ne nous sera épargné des chiens qu’elle posséda…

On pourrait s’agacer, sauf que peu à peu surgit en filigrane le portrait d’une femme humaine, profondément humaine, respectueuse de la liberté et de la vie d’autrui, se mettant en colère contre le racisme ou la précarité, donnant des milliers de francs aux plus démunis qu’elle croisait dans la rue ou qui lui écrivaient. Une femme qui incarna la modernité de son temps mais qui sut également – libre de tout, y compris des étiquettes dont on l’affubla – s’indigner contre la vulgarité de celui-ci.

“Ma mère était parfois si révoltée par notre bêtise, nos inepties, notre vanité, qu’elle en arrivait à souhaiter qu’une révolution emportât tout sur son passage. (…) Les injustices, les inégalités – déjà accablantes à l’époque – nourrissaient régulièrement sa colère.”

Son incapacité à gérer l’argent ou plutôt, son désir de le claquer, de ne pas le fixer, de ne pas se fixer elle-même, toujours en flux, en mouvement. Son goût de la nuit pour ses rencontres : “Ma mère aimait ces mythomanes de la nuit. Les mythomanes sont des gens le plus souvent charmants, disait-elle, car ce sont des gens forcément poétiques puisqu’ils doivent trouver tous les moyens d’embellir la vie. (…) Et puis ces gens mentent pour plaire, et lorsqu’on veut plaire on est toujours charmant. Ma mère préférait cent fois qu’on lui raconte une histoire incroyable mais fausse, plutôt qu’un récit banal, ennuyeux, mais plein de vérité.”

Le charme d’une vie disparue, d’un monde englouti, de personnages flamboyants qui n’existent plus mais d’une oeuvre qu’on ne se lasse pas de lire et de relire, c’est cela qu’au final restitue cette lettre d’amour fou d’un fils à sa mère.

 

Sagan et fils de Denis Westhoff (Stock), 250 pages, 19 euros.

 

 

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