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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 00:42

Thomas Enhco
Someday My Prince Will Come

Kinderszenen Op.15 , Yesterdays, I Fall In Love Too Easily, Nanou's Spice Cupboard, Three Hours After Midnight, You And The Night And The Music, My Funny Valentine, Where Are We Sailing To, I Loves You Porgy- Etude opus10 n°3, Whisper Not , Someday My Prince Will come, Walking on the Sunny Side.

 

 

Thomas Enhco, piano
Joachim Govin, contrebasse
Nicolas Charlier, batterie
Invité : David Enhco, bugle et trompette

Après un premier album en trio, où il jouait du violon et du piano, Thomas Enhco, revient avec ce même trio, ainsi que son frère David invité sur trois morceaux, et cette fois en tant que pianiste seulement pour ce nouveau disque produit par l'un des plus grands producteurs de jazz au Japon, surnommé M.88 ( vous devinerez pourquoi...), dont c'est le tout premier disque de son nouveau label" Blue in Green", paru au Japon en 2009 et présenté à partir de ce mois-ci en France par le label Ames distribué par Harmonia Mundi. 

M. 88, qui a bien su déceler les talents du jeune musicien français, a demandé à Thomas Enhco d'inclure dans cet album une majorité de standards du jazz et lui a laissé le choix des autres morceaux ainsi que des arrangements. Son choix s'est porté en partie vers des morceaux de musique classique, musique qui est dit-il "restée un des fondements de sa vie" et sur lequel il s'amuse souvent à improviser. La vidéo ci-dessous du premier titre de son disque vous permettra d'ailleurs de juger de l'un de ces talents : celui d'improvisateur, ici sur une pièce de Schumann ! Autre talent de Thomas Enhco : celui de compositeur(depuis l'âge de six ans) et il signe quatre des morceaux de cet enregistrement dont un beau duo avec son frère "Three Hours After Midnight" qui lui est inspiré par le concerto en sol pour piano de Ravel...il s'agit d'"un thème écrit à une heure l'où on ne sait plus si c'est la fin d'un jour ou le début d'un autre" explique-t-il.

Dans la liste ci-dessus vous reconnaîtrez aussi beaucoup de chansons ainsi les célèbres "I fall in love to easily" , "My funny valentine"... car Thomas Enhco est avant tout dit-il un "amoureux des belles mélodies"... un amour qui se mesure aussi dans sa composition : "Where are we sailing to". Parfaitement équilibré l'album alterne des morceaux nostalgiques avec des morceaux énergiques aux rythmes tout aussi remarquables que les mélodies, il faut dire aussi qu'il est en cela bien soutenu par ces deux complices le batteur Nicolas Charlier, et le contrebassiste Joachim Govin avec lequel il joue depuis déjà nombreuses années, et tous trois s'en donnent ici à coeur joie, pour un disque très vivant et enthousiasmant aussi pour l'auditeur !
Thomas Enhco a bien voulu répondre à quelques questions au sujet de ce disque :
Ce disque a été produit par M. Itoh Yasohachi, c'est le premier de son nouveau label, et il vous a proposé de l’appeler "Someday my prince will come" en prétextant qu’un jour vous deviendriez le petit prince des japonais…, n’est-ce pas un important challenge pour vous, comment le ressentez-vous ?
J'ai pris cette histoire de petit prince comme une blague, j'ai bien rigolé et n'y ai pas accordé plus d'importance que ça ! Le vrai challenge était de faire de la belle musique, reprendre des standards qui ont déjà été si bien joués, tester ma nouvelle manie d'improviser sur des standards du classique, et apporter de nouvelles compositions... Le tout en deux après-midi !
Votre disque est donc paru dès l'année dernière au Japon, comment a-t-il été accueilli, avez-vous donné des concerts là-bas à cette occasion ?
Ce disque est paru le 1er juillet 2009 au Japon. Juste avant, j'avais fait une petit tournée de promotion et de presse là-bas, seul. Puis, en septembre, nous y sommes retournés avec le trio pour 5 concerts. Je crois que le disque a été très bien accueilli ; en tout cas, les concerts ont été un succès et j'attends avec impatience la prochaine tournée !
Vous avez formé votre trio depuis près de huit ans, comment a évolué votre complicité et votre façon de jouer avec ces musiciens depuis et avez-vous le souhait de rester un trio « fixe » encore de longues années ?
J'ai formé ce trio il y a sept ans, avec Nicolas Charlier, et Zacharie Abraham. Puis, il y a deux ans, Joachim Govin a pris la suite de Zacharie à la contrebasse. Nous nous connaissons tous les trois très bien, surtout Nicolas avec qui j'ai joué dans plein de contextes différents ; c'est rassurant, et en même temps j'ai envie de les surprendre, ce qui est un challenge ! Je suis partagé sur l'idée d'un trio "fixe" : j'ai envie de jouer avec mes amis le plus longtemps possible, et, à la fois, je trouve important de rencontrer des gens différents, pour nourrir sa propre personnalité.
Vous avez invité votre frère sur trois morceaux, que pensez-vous de lui en tant que musicien, et à votre avis est-ce plus difficile ou au contraire plus facile de jouer ainsi avec une personne de sa famille ?
Mon frère aîné, David, est un super trompettiste. Il a toujours eu un son magnifique et vraiment unique. J'aime jouer avec lui car il y a quelque chose de télépathique entre nous : un regard veut tout dire. Et dans la vie, c'est pareil. Forcément, il peut y avoir de la rivalité, mais elle n'est rien comparée au plaisir que nous avons à jouer ensemble, surtout en duo.. Faire de la musique ensemble est vraiment ce qui nous a rapprochés quand on était petit et qu'on se battait comme des enragés !
Dans votre premier disque vous jouiez du violon et du piano, cette fois-ci seulement du piano, pour quelle raison avez-vous choisi de ne jouer que cet instrument ?
Dans mon premier disque, j'avais enregistré le violon en re-recording, par-dessus le piano. Nous avions beaucoup de temps pour réaliser ce disque et pas d'échéance particulière, alors que le nouveau disque a été enregistré en deux après-midi, au Studio de la Grande Armée à Paris. Cette fois-ci, avec un producteur derrière, peu de temps et une technologie d'enregistrement spéciale, pas question de faire des re-recordings, des montages, des retouches, donc pour le violon c'était compliqué. Du coup, j'ai décidé de développer un jeu de violon au sein même du trio. Je commence à le faire en concert, et il y en aura dans le prochain album !!!
Votre disque comporte un arrangement d’une pièce de Schumann et dans le livret, où vous détaillez votre inspiration pour chaque morceau vous faites également référence à Chopin et Ravel, quel est votre rapport aujourd’hui à la musique classique et quels sont vos compositeurs classiques préférés ? Jouez-vous nombreuses œuvres de musique classique et si c’est le cas est-ce toujours en les arrangeant ?
J'adore ce morceau de Schumann, tiré des Scènes d'Enfants. Voilà un exemple d'une mélodie simple et belle ! Pourquoi ne pas la considérer comme un standard de jazz, l'arranger et improviser dessus aussi librement ? Je fais ça avec tous les thèmes classiques qui me tombent sous la main. J'ai la culture classique par ma mère, et c'est resté un fondement de ma vie. J'y trouve beaucoup de réponses. Normal, une musique qui a plusieurs siècles d'existence contient forcément d'innombrables trésors !
Mes compositeurs préférés sont Bach, Ravel, Prokofiev, Chostakovitch, Schumann, Chopin, Strauss, Fauré, Stravinsky, Dutilleux, Pärt…
Vous dites être un « amoureux des belles mélodies »… qu’est-ce que pour vous une belle mélodie ?
Pour moi, une belle mélodie est une phrase musicale qui est aussi parlante qu'une phrase avec des mots. J'ai un faible pour les phrases douloureuses, les passionnées, les sourires tristes et les résignations. C'est une phrase qui doit vous remuer, venir vous chercher et vous emmener quelque part. "I Fall in Love Too Easily" est l'une de celles-là, "My Funny Valentine" aussi, "Three Hours After Midnight" est un mystère, "Nanou's Spice Cupboard" est une invitation au voyage, "I Loves You Porgy" et "Un Jour Mon Prince Viendra" sont des rêves lumineux et "Walking On The Sunny Side" est le fameux "sourire triste" auquel je suis si attaché : vous savez, cette résignation positive et courageuse que l'on a souvent dans la vie !
Outre les belles mélodies, vous aimez également les rythmes assez soutenus, ainsi vous transformez "You and the night and the music" en « danse hypnotique », vous adoptez une mesure à sept temps sur "Yesterdays" pour lui donner un « caractère urgent », votre composition « We are siling to » est une valse... à cinq temps, vous avez gardez l’esprit du hard bop de «Whisper not »...
Pour moi, le rythme est un moyen, le vecteur d'une certaine énergie. Je ne cherche pas spécialement à utiliser des rythmes compliqués ; je les utilise uniquement s'ils servent la musique, s'ils contribuent à donner un relief spécial, une ambiance, une danse particulières. Ainsi, la mesure à 7 temps dans Yesterdays apporte un certain arrondi au swing, une accélération dans la mesure comme si l'on gagnait un peu de temps à chaque seconde. Il y a même un moment, en plein solo de piano, où l'on est repassé à 4 temps, cela "assied" le morceau, on s'enfonce dans le siège et on détend pour mieux accélerer de nouveau ensuite. C'est du pilotage d'avion !
De même, le thème de "Where Are We Sailing To ?" ressemble à une valse. Pourtant, il est à 5 temps, et cette dualité irrégulière peut donner la sensation du roulis et du vent lorsque l'on se tient à la proue d'un navire ! Le motif mélodique de "You & the Night & the Music" est hypnotique, et j'ai cherché à donner ce caractère à tout le morceau, grâce à un rythme soutenu et résolu. Quant à Whisper Not, le rôle rythmique y est très important, puisque nous l'avons joué de façon pas tout à fait traditionnelle, mais pas moderne non plus... Une sorte de néo-hard-bop ! J'aime les conflits entre les époques. Encore une fois, vivent les mélanges !

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