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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 17:53

 

 

JOUR 1

 

A mon arrivée dans la petite gare d’Aviemore (An Aghaidh Mhor), je sors avec mes bagages dans la rue principale, Grampian Road. Aviemore est une petite station touristique sans grand charme, composée essentiellement de boutiques et de restaurants qui se succèdent le long de sa rue principale. On y séjourne pour aller skier en hiver ou faire des randonnées en été et, très vite, on retrouve l’immensité des grandes solitudes.

Je me rends au bureau du tourist information où une employée dévouée me suggère, en plus de The Doune, de visiter le mausolée du clan Grant. Je n’y manquerai pas. Puis je saute dans un taxi qui m’emmène à Corrour House, chez Carol et Robert Still. C’est à peine à deux miles d’ici. Le taxi quitte la longue rue bordée de boutiques pour touristes et s’engage sur une route bordée de pins. Bientôt il tourne à droite dans une allée de quelques centaines de mètres. Une pancarte annonce Corrour House. La voiture se gare sur un terre-plein en gravier devant une bâtisse cossue en pierre qui doit dater du XVIIe ou du XVIIIe siècle, sans doute à cheval sur les deux. A l’entrée, une petite chienne à laquelle je ne saurais attribuer de race m’accueille d’un pas fatigué. Je sonne. La maîtresse de maison, Carol, vient me conduire à ma chambre. Elle me montre au passage le salon, le bar où le choix en matière de whisky est considérable, puis m’explique les modalités de fonctionnement de l’hôtel. Ma chambre est meublée avec un goût et un raffinement tout britanniques : guéridons couverts de nappes blanches, porcelaines sur la cheminées, fleurs fraîches sur la commode, et bien sûr sélection de biscuits et de plusieurs catégories de thés et de cafés. Soudain, pendant que Carol m’explique le fonctionnement du bar où la sélection de whiskies est entièrement disponible, un des rideaux jeune orangé tendus devant ma fenêtre se soulève. Etonnant : mon hôtesse vient pourtant de fermer la fenêtre guillotine, ce qui m’a immédiatement fait penser à Marie, reine d’Ecosse. Alors, comment est-ce possible ? C’est alors que Carol recule d’un bond. J’ai moi-même un mouvement de retrait. Quelle créature diabolique a surgi de derrière le rideau au pays du monstre du Loch Ness ? Juste un tout petit oiseau affolé qui ne retrouve plus la sortie. Il bat des ailes, se cogne à la vitre, cherche désespérément, stresse à mort. C’est un petit Scottish Crossbill à la couleur assez indéfinie, quelques chose entre le jaune et le vert. Nous voilà entrain d’essayer de l’attraper, ce que Carole, plus habituée que moi à l’exercice, arrive très bien à faire en l’immobilisant au sol. J’ouvre alors la fenêtre pour libérer la pauvre créature.

Le bâtiment appartenait à l’origine au clan Grant de Rothiemurchus, ainsi que toute la vue qui s’étale sous la fenêtre de ma chambre : une pelouse plantée d’un magnifique pommier et de quelques rosiers, puis une prairie où broutent des chevaux, au loin la silhouette d’un ancien volcan couvert de lande, le Lairig Ghru, sur ma gauche l’orée d’une forêt profonde. Carol et son mari supposent qu’il s’agissait au départ d’un pavillon de chasse pour la famille Grant, mais ils n’ont pas pris le temps de faire les recherches nécessaires aux archives municipales. Toujours est-il que les Grant l’utilisaient plus récemment comme Dower House.

Je prends une douche. Puis je sors de Corrour House. Je gagne la route que je longe sur une centaine de mètres jusqu’au Rothiemurchus Tourist Centre, une bâtisse au bord de la route, avec parking, qui fait office de restaurant, boutique de souvenirs et bureau d’information pour les visiteurs. Dans un bâtiment en contreplaqué qui jouxte la vieille maison, quelques boutiques : vêtements, souvenirs, produits artisanaux de… l’Himalaya. J’achète quelques cartes postales et réserve puisque c’est possible sur place un « Highland Lady Safari », une promenade en Land Rover sur les traces d’Elisabeth Grant, l’auteur des Memoirs of a Highland Lady. Au programme : la famille Grant, la maison, déjeuner, tour de la maison, tour de l’église. Je prends ensuite le sentier balisé qui mène à travers la forêt au lac de Loch an Eilein.

Rothiemurchus s’étale du sommet de la montagne de Carn Eilrig jusqu’à la rivière Spey : forêts splendides de pins de Calédonie, lacs et étangs composent un paysage typique des Highlands au cœur du Réserve nationale naturelle de Cairngorms. Cet immense territoire est géré par les Grant de Rothiemurchus depuis 450 ans. Il comprend la plus grande forêt primitive du Royaume-Uni. Bien sûr, Rothiemurchus favorise le développement harmonieux de la faune et de la flore, mais il est plus qu’un espace récréatif pour touristes en quête de bien-être et de détente. Il est un symbole de la cohabitation équilibrée entre l’homme et la nature, un exemple de cette relation rare entre l’homme et son environnement qui s’étale sur plusieurs siècles. Les touristes peuvent pratiquer diverses activités : randonnées, pèche, photo, escalade, équitation, canoë…

Mon sentier serpente à travers la forêt. Le sol est couvert de champignons odorants qui emplissent l’air de leur parfum appétissant. Hélas je serais bien en mal de dire lesquels sont comestibles. Les clairières sont couvertes de bruyère et je devine à la couleur de leurs flancs que les montagnes environnantes sont aussi envahies par la lande. Vers l’ouest, les collines lointaines constituent une partie de la chaîne de Monadhliath. Ce nom gaélique signifie « Montagnes grises » à cause de la couleur de la roche locale. Elles me font plutôt penser aux montagnes qui ornent le fond des tableaux de Léonard de Vinci. Le gris serait alors plutôt un bleu atmosphérique.

A mi-chemin du lac, le sentier contourne un gros étang, Lochan Mor, où vivent plusieurs espèces de canards. Créé par la mise en eau d’anciens champs, l’étang est surnommé « Lily » Loch dans la région, à cause de la profusion de waterlilies – nénuphars - en été. Plus loin, le sentier croise la route au niveau de Milton Cottage. Il ne se prolonge pas au-delà. Je dois donc suivre la route. Elle longe un petit torrent issu du lac qui se jette plus loin dans la rivière Spey. Au bout de quelques centaines de mètres, je suis sur la rive de Loch an Eilein. La lumière de cette fin d’après-midi, avec le soleil oblique filtré par quelques nuages, ajoute à l’endroit un charme particulier et mystérieux.

Sur un îlot au milieu du lac se dresse ce qui reste de l’ancien château. Après la bataille de Cromdale en 1690, les troupes de Jacobites, des catholiques qui voulaient rétablir la famille Stuart sur le trône, attaquèrent le château mais ils furent empêchés de l’envahir, et le bâtiment demeura un refuge très sûr comme il l’avait été depuis plusieurs siècles. Pendant des siècles, les gens vivaient dans la forêt. On croise ainsi régulièrement, quand on fait des randonnées, les ruines d’un vieux cottage ou les traces d’un moulin. Avant l’arrivée du chemin de fer et des camions, le lac était transformé en barrage pour créer des flux artificiels qui transportaient les troncs d’arbres jusqu’à la Spey en aval.

Au cours de ma promenade, je croise des écureuils roux, des lièvres, un cerf, sans compter des variétés d’oiseaux très spécifiques, comme le Scottish Crossbill, et bien sûr les vautours qui rôdent toujours au-dessus des paysages dans cette région. Pour gagner du temps, je reviens par la route. Sur mon chemin, je prends des photos du monument Martineau, une sorte d’obélisque gravé de motifs celtiques. Plus loin, dans un pré, des vaches des Highlands, avec leurs cheveux longs façon beatnicks des années 1970, me regardent passer. Les petits veaux, avec leur air adorable, s’approchent pour brouter l’herbe dans ma main.

Je passe devant Corrour House et décide de pousser jusqu’à Aviemore. Dans la rue principale, les boutiques ont fermé leurs portes, mais les restaurants sont en grand nombre. Je choisis un fish and chips, le Smiffy’s, dans le centre commercial qui borde la route. Au Tesco d’en face, j’achète des fruits et des biscuits que je ramène dans ma chambre d’hôtel.

JOUR 2

 

Ce matin, Highland breakfast dans la salle à manger du rez-de-chaussée. J’ai choisi la table la plus proche de la fenêtre pour profiter de la vue. Dans la prairie, les chevaux fougueux se courent après, et deux écureuils roux particulièrement vifs et agiles font de même autour du tronc de grand pommier. Œufs au plat, saucisse, toasts, bacon, râpées, céréales. Je me réserve le porridge pour demain. Duncan l’aimait tant : on verra bien.

J’écris ensuite dans ma chambre jusqu’à 10h00 puis me rends à pied au Rothiemurchus Tourist Centre. C’est un garde forestier de Rothiemurchus qui assure le « Highland Safari ». Nous sommes quatre participants : un couple d’Ecossais venus d’Edimbourg, et une charmante vieille irlandaise de Dublin. Tout commence par une visite de The Doune, la demeure historique du clan Grant. On accède à la maison d’enfance de Duncan par un chemin privé qui prend sur la route d’Inshriach, à cinquante mètres à droite après le onument Martineau. Le laird actuel, Johnny Grant de Rothiemurchus, habite avec sa femme dans la partie appelée Old Doune, largement remaniée mais conservée dans l’état où elle était à l’époque d’Elisabeth Grant, tandis que le New Doune est en phase –assez interminable semble-t-il – de rénovation.

Comme je l’ai noté hier, Rothiemurchus est un domaine très ancien qui s’étire des terres fertiles de la vallée de la Spey, à travers des forêts de pins primitives, jusqu’aux montagnes de Caingorm à Braeriach. Pour l’essentiel, ce territoire fait partie de Réserve nationale naturelle de Caingorm.

Le fort d’origine était bâti sur un petit tertre à côté de la rivière Spey. Ce tertre est située juste derrière The Doune. Il a d’ailleurs été entamé pour laisser la place à des dépendances du bâtiment principal. L’emplacement était idéal, à équidistance de deux autres châteaux « amis », et au point stratégique où la vallée de la Spey se rétrécit le plus entre sa source et la mer, ce qui permettait dans les temps anciens de mieux a contrôler. La demeure actuelle, dans sa version initiale, a probablement été construite par la famille Shaw au cours du seizième siècle. Elle n’a appartenu aux Grant qu’après 1580. La bâtisse a été baptisée The Doune, du mot celtique Doune ou Dun, qui veut dire « fort ».

En 1780 la maison s’est vu adjoindre une extension : une magnifique salle à manger. Cette partie de la demeure a été appelée très tôt New Doune. D’autres extensions ont été ajoutée en 1803 : une bibliothèque avec des caves en-dessous et des chambres au-dessus, pour former une belle façade géorgienne. La demeure et la vie qu’on y menait a bien été décrite par Elisabeth Grant dans son livre Memoirs of a Highland Lady. Il y eut une autre période de construction en 1876 quand un immense escalier, une salle du matin, des chambres supplémentaires, une cuisine dans une nouvelle aile et une troisième étage surmontant les deux précédents, furent ajoutés. Dans les années 1913 à 1930, The Doune, pour sa partie nouvelle, fut utilisée comme un hôtel. Dans les salles en ruine, on retrouve des traces des sonnettes des chambres qui aboutissaient à des clochettes à la réception, des appareils qui servirent à la buanderie et du mobilier de l’époque.

The Doune est plus ou moins tombé en ruines après sa réquisition par l’armée en 1945. La demeure est restée à l’abandon plusieurs décennies, les Grant se logeant dans les différents constructions présentes sur l’ensemble du domaine. La maison était livrée aux enfants de la région qui venaient y jouer, et une bonne partie des livres de la bibliothèque laissée sans surveillance disparurent. Seuls quelques-uns ont été retrouvés. A partir de 1975 cependant, John Grant le Jeune de Rothiemurchus hérita du domaine et décida de travailler à l’amélioration du terrain et des cottages. Il retrouva une vieille photo de The Doune datant d’avant  1876 et ses ajouts pour le moins discutables. Avec sa femme Philippa, il décida de restaurer The Doune pour la rendre à sa vocation première : une maison de famille.

Un architecte fut choisi et The Doune fut ajouté à la Liste des Bâtiments d’Importance Historique et Architecturale. Les plans furent soutenus et approuvés par le Conseil des Bâtiments Historiques d’Ecosse. En 1979, les travaux commencèrent. Il s’agit de restaurer la maison pour qu’elle retrouve son apparence de l’époque d’Elisabeth Grant. A l’heure actuelle, on en est toujours au gros œuvre : il a fallu reconstruire des pans de murs entiers que des orages récents avaient abattus. On ne parle pas encore de poser un plancher : on marche sur des planches au-dessus de caves de deux mètres de profondeur. Le garde nous explique que les financements ne sont pas encore tous arrivés et que de toute façon, tout dépendra de la destination finale des lieux : seront-ils habités par les Grant, ou bien gérés par une fondation ou une coopérative qui justifierait plus d’aides publiques ? Pour l’heure, il trouve que l’état de la maison est suffisant pour des visites, voire plus « excitant » qu’une demeure entièrement rénovée. Cela se discute. Quant aux caves, elles étaient remplies d’eau, ce qui est assez naturel étant donné l’humidité des lieux et les inondations relativement fréquentes de la vallée quand la Spey déborde de son lit. La dernière remonte à une bonne dizaine d’années et a fait pas mal de dégâts, d’où sa construction légèrement surélevée au pied du tertre où se dressait le fort originel. Mais cela remonte à la nuit des temps.

Nous remontons dans la Range Rover pour gagner le cimetière des Grant. Ouvert au public - on y accède par un petit chemin à travers champs depuis la route d’Inshriach vers Inverdruie -, il regroupe, autour du mausolée de la famille Grant, des membres de la famille, des cousins de familles liées aux Grant – les Mackenzie, les Moore – et des amis qui en ont fait la demande. Le cimetière est géré et entretenu par des deniers publics, ce qui explique son accès par l’extérieur du domaine. C’est à peine une prairie plantée de pierre tombales désordonnées, avec en son centre les ruines d’une ancienne chapelle, dont les plus anciennes tombent les unes après les autres et sont stockées dans un coin. Le registre, de toute façon, sait depuis plusieurs siècles qui est enterré et où, même s’il ne reste sans doute plus grand-chose des dépouilles les plus anciennes. Je remarque que les familles « invitées » ne sont pas avec les Grant : leurs tombes sont  regroupées dans une zone à part du cimetière. Mais les Grant son fidèles : notre guide m’explique que nombreux sont les MacKenzie à être toujours embauchés au service des Grant. Les liens ne se perdent pas. Dans l’aristocratie, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme un peu.

Dernier épisode de notre safari : le lac de Loch an Eilein, où nous faisons une halte devant la maison d’été d’Elisabeth Grant, spécialement construite pour elle, afin qu’elle puis y écrire, y méditer et flâner sur les rives et dans la forêt. A la fin du XIXe siècle, des tables étaient disposées dehors, et il existait déjà un tourisme, précise le garde forestier. Les gens qui pouvaient se permettre de prendre des vacances venaient se prélasser au bord du lac, comme en témoignent des photos de l’époque, et la maison servait probablement d’auberge.

Notre guide nous raccompagne au Rothiemurchus Centre. Je déjeune rapidement d’un sandwich devant le petit picnic van, Ord àn, qui sert de snack sur le parking d’en face, puis gagne Corrour House pour griffonner quelques notes. Je ressors vers 15h00 pour prendre à Aviemore le bus pour le mont Cairn Gorm. La route passe par Inverdruie où se situe mon hôtel, puis Glenmore, Hayfield, Alt Moor, elle longe le loch Morlich où les sports nautiques sont autorisés sauf motorisés. Je reste une  heure et demie sur la montagne à considérer le panorama et à prendre quelques photos. Le paysage ne se décrit pas : il se déguste.

A mon retour à Aviemore, je dîne dans le même fish and chips qu’hier soir. Le serveur me reconnaît, me salue, et bavarde un moment avec moi. Je flâne ensuite le long de la rivière Spey et retourne à l’hôtel pour boire un whisky et travailler.

JOUR 3

Ce matin, au petit-déjeuner, je tente le porridge traditionnel des Highlands. Question d’habitude. Avec du sel, bien sûr, et sans aucun des ajouts contemporains : crème, miel ou whisky, même si ce dernier aurait pu me tenter. J’ai suivi les conseils indirects de Duncan Grant, qui ne supportait aucune altération à son porridge matinal.

Puis je prends le chemin d’Aviemore. J’ai choisi de faire le touriste en m’offrant le tour en train à vapeur sur la Strathspey Railway’s line à travers le Caingorms National Park : Aviemore / Boat of Garten / Broomhill. La promenade dure un peu plus d’une heure et demie, mais on peut bien sûr descendre en route pour visiter les lieux, et prendre le train suivant – il en passe en gros toutes les deux heures. Bien entendu, c’est lent, tout le contraire de la vie moderne, et c’est ce qui fait le charme de l’affaire.

A 10h25 précises, le train entre en gare dans un nuage de fumée aveuglant. Je discute avec le chauffeur, qui m’explique que sa vieille locomotive fonctionne au charbon et à l’eau, et non à l’huile comme c’est paraît-il le cas de certaines. Je dois avouer que je l’ignorais complètement. Il a le visage noir de suie comme dans les vieux films. La ligne est gérée par une association composée essentiellement de bénévoles. Je suis frappé par le sens collectif des Ecossais. De nombreux jardins dans les villes – Edimbourg – comme dans les villages, sont en effet gérés, financés et entretenus par des associations de particuliers locaux. C’est le cas de certains parcs à Edimbourg. C’est aussi le cas d’un charmant petit jardin, le Boat of Garten Community Garden, juste à la sortie de la gare à Boat of Garten, si j’en crois la pancarte qui en explique le fonctionnement.

A l’intérieur du train, confort à la britannique : tout est en bois, et les sièges en mousse sont recouverts de rideaux bleus assortis aux rideaux. La voiture restaurant est décorée à l’ancienne, et le bar comporte un choix de whiskies non négligeables, parmi lesquels les productions des Highlands semblent tout naturellement prioritaires.

En sortant d’Aviemore, le train laisse derrière lui les villas modernes et traverse un paysage de lande et de forêts. Du côté est on aperçoit les Cairngorms et leurs forêts de pins calédoniens. A Boat of Garten, je descends pour marcher dans le village. Je remonte la rue principale où les maisons ne se touchent jamais mais sont toutes entourées d’un petit jardinet. Le bureau de poste tient lieu d’épicerie et de bazar, comme souvent dans les campagnes anglaises et écossaises. Au bout de quelques centaines de mètres, une pancarte indique sur la gauche un sentier qui s’enfonce dans la forêt. Je décide de le prendre. Silence. Seuls le craquement des branches répond en écho à mon pas. J’atteins en quelques minutes Fairy Hill, une sorte de petit tertre au milieu de la forêt où, je suppose, sont censées résider quelques fées. Elles ne se montrent pas. Je redescends ensuite de la forêt et rejoins le centre du village par Kinchurdy Road.

Boat of Garten est né à la suite de la création de la gare en 1863. Les maisons se sont peu à peu agglomérées sur la ligne droite de la route qui mène à Cambridge et Inverness. Le nom du village vient d’un point sur la rivière Spey à l’est du village. L’emplacement était connu comme le « Ghartain », ce qui en gaélique est l’équivalent de l’anglais « Cornland ». Avant la construction du premier pont sur la rivière en 1899, on passait la Spey à l’aide d’un « Coit », un « Ferry boat ». Le passage était connu comme le « Coit Ghartain », le « Garten Ferry » ou le « Boat of Garten ».

Je descends vers la rivière et m’assois un moment sur un banc. Je regarde couler l’eau. Jamais la même. Pourtant c’est toujours la même rivière. Duncan Grant venait souvent à Boat of Garten quand il était enfant. C’est un endroit idéal pour la baignade et pour se faire bronzer – aujourd’hui il bruine mais enfin il n’a pas dû toujours bruiner ici. La rivière est large, les rives descendent lentement et sont bordées de prés. Les arbres se penchent doucement sur l’eau. Et en toile de fond, toujours, les collines couvertes de forêts avec, au loin, le bleu atmosphérique des tableaux du Vinci.

Je reprends le train de 12h50 à Boat of Garten jusqu’à Broomhill. Je m’installe dans la voiture restaurant et fais dans la foulée le trajet du retour. Je commande une cafetière et un scone aux raisins. Je regarde le paysage à travers la vitre et l’écran de fumée. A l’approche d’Aviemore, je déguste un whisky de la région. Déjeuner rapide au Smiffy’s. Je passe à l’hôtel travailler un peu, et dans l’après-midi je m’accorde une longue marche jusqu’à The Doune. Je cherche un moment le sentier qui mène à la vieille église et au cimetière des Grant. Je finis par trouver le portail marqué d’une vieille plaque en bois « church », mais il donne sur un champ inondé et impraticable. Décidément, le laird veut bien de l’argent public pour entretenir son cimetière, mais il n’estime guère les visiteurs.

Je rentre à l’hôtel pour écrire. La nuit tombe lentement sur les montagnes qui se nimbent d’une brume épaisse. On dirait que le ciel descend et dévore le paysage. Bientôt ce sera le silence et l’obscurité. Le jour se lèvera sur mon départ. Je reviendrai à Rothiemurchus dès que je le pourrai.



[1]En gaélique, Rothiemurchus (Rothiemurkus) signifie « Plaine des grands pins ».

 

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