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24 juillet 2021 6 24 /07 /juillet /2021 10:49

Keishi Matsumoto a accepté de répondre aux questions de Christian Soleil pour une longue interview sur son enfance, sa musique, son métier de pianiste de jazz, ses compositions personnelles, ses trois albums, son travail inspiré par George Orwell, mais aussi le Festival de Jazz de Kagoshima dont il dirige l'organisation. Cette interview sera intégrée à l'ouvrage que Christian Soleil consacre à ce jeune et talentueux musiciens de jazz japonais, à paraître à l'automne 2021. Keishi Matsumoto : vous entendrez parler de lui.

Christian Soleil interviewe Keishi Matsumoto
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22 juillet 2021 4 22 /07 /juillet /2021 01:07

Quand je débarque à l’aéroport de Tokyo-Narita, je ne m’attends pas à ce qui va m’arriver. D’abord, la recroiser, elle, elle qui ne devrait pas être là.

 

Puis, dans le quartier d’Asakusa, cet étudiant qui loue ses services avec son pousse-pousse : pourquoi m’aborde-t-il et m’invite-t-il à prendre un verre chez lui ? Sait-il qu’on va le tuer dans les prochains jours ? Un autre lui succédera, mais, en tout cas, c’est là que les ennuis commencent pour moi.

 

Et ce n’est pas fini…

Christian Soleil publie : Hanabi ou les fleurs de feu, thriller japonais
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16 juillet 2021 5 16 /07 /juillet /2021 00:44

Compositeur et pianiste, Keishi Matsumoto être peut-être japonais, mais sa musique est sans limites. Elle vole au-dessus de l’univers dans une époque de frontières étroites.

 

Keishi Matsumoto est l'un de ces musiciens qui ne jouent pas avec le public. Son jeu est tout intérieur, il va chercher ses musiques au fond de lui, dans cette zone où, comme dirait Goethe : "Il faut se serrer de toutes ses forces contre soi-même pour atteindre à l'universel".

 

La réunion de ce compositeur rare avec le brillant pianiste qu'il est aussi donne des œuvres qui transcendent nos limites confortables et nous emportent au loin. Certains rêvent de voyager sur Mars avec Richard Branson, Elon Musk ou Jeff Bezos. Manque d'ambition. Les voyages que propose Keishi Matsumoto avec ses œuvres sont d'une autre nature, plus profonde et plus métaphysique. J'admire particulièrement ses silences, dans lesquels on dirait que ses lèvres vont prononcer le néant, délivrer comme la Pythie une parole divine, une prophétie venue d'ailleurs.

 

La concentration de Keishi Matsumoto au-dessus du clavier est celle du condamné à mort avant l'exécution. C'est là qu'il vit pleinement, comme le matador de toros au passage du souffle de l'animal. Elle m'évoque celle de Glenn Gould ou d'Ivo Pogorelich : un véritable don de soi. S’il est un nouveau Glenn Gould, c’est un Glenn Gould qui aurait en plus ingéré et digéré Bach, un être multiple et un à la fois, l’expression de l’océan universel vers lequel tout ce qui est tend. Des univers entiers s'engouffrent dans ses silences qu'ils remplissent jusqu'à la rupture. Keishi Matsumoto est le dieu de ces univers. Il trouve toujours la bonne mesure, avec une précision d’horloger. La musique de Keishi Matsumoto est un vaccin contre la neurasthénie, la morosité et le dégoût de vivre. Il devrait être rendu obligatoire par décision gouvernementale. Voilà pourquoi je l'écoute chaque matin et suis invincible pour la journée.

Keishi Matsumoto, compositeur, arrangeur et

Keishi Matsumoto, compositeur, arrangeur et

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14 juillet 2021 3 14 /07 /juillet /2021 07:13

Ivo Selimovic est l'un des plus grands pianistes classiques de son époque. Pendant sa tournée, il sillonne les villes d'Europe. Après le concert, il a besoin d'un corps chaque nuit. Candidates et candidats affluent à sa porte. Il y a donc au moins un corps pour lui dans chaque ville. Une vie folle dans laquelle il se perd, non sans une certaine délectation. Mais qui est l'individu qui le suit toutes les nuits depuis toujours et tue systématiquement ses partenaires ? La police le soupçonne. Se pourrait-il qu'un dérèglement des sens prenne possession de lui dans les heures les plus tardives du jour ? Ou bien est-il la cible de ces disparitions ? Un thriller haletant dont le dénouement final surprendra le lecteur, qui gardera longtemps au fond de lui le souvenir des personnages de ce livre.

"Toutes les nuits depuis toujours" : le polar de l'été par Christian Soleil
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8 juillet 2021 4 08 /07 /juillet /2021 02:36

Mon nouvel essai biographique sortira dans quelques jours. "Takumi Nakayama, l'autre nom du jazz à Tokyo" est un hommage à un jeune et grand jazzman tokyoïte qui s'est révélé depuis quelques années comme un excellent interprète mais aussi comme un compositeur aguerri et comme un jeune homme engagé dans la promotion de ses jeunes collègues en fondant le Jazz Summit Tokyo. Son récent coming out renforce encore son engagement dans les causes dans lesquelles il croit. Mais c'est bien sûr sa musique, son don total de soi à son public à travers le Japon et l'Asie, bientôt le monde entier, qui font de lui un personnage exceptionnel. Takumi Nakayama, c'est une image du talent personnel, de l'exigence japonaise et d'un jazz mondial renouvelé qui porte comme une brise la fleur de cerisier dans sa chute : son plus beau moment. C'est un livre que je suis particulièrement fier d'avoir écrit. Il contient une longue interview inédite de Takumi.

Christian Soleil publie "Takumi Nakayama, l'autre nom du jazz à Tokyo"
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29 mai 2021 6 29 /05 /mai /2021 21:59

 

 

 

Dans une interview donnée à Viviane Eng, de Pen America, Keiichiro Hirano dévoile quelques pans de sa personnalité. Où lisait-il quand il était enfant ? Dans sa chambre. Quand il écrit un livre, il lit bien sûr des ouvrages nécessaires dans le cadre de ses recherches mais aussi toutes sortes de livre sans lien avec son travail. Notamment les poèmes de Rainer Maria Rilke. Dans le prologue de son roman récemment publié aux Etats-Unis, At the End of the Matinee, il écrit que : « alors que la fiction rend possible d’éviter de dévoiler des secrets, c’est le seul moyen d’en révéler d’autres ».

 

« Dans le contexte de la fiction, dit Keiichiro Hirano, je préfère le terme « réalité » au terme « vérité ». La fiction est nécessaire parce que la réalité l’exige. En d’autres termes, la réalité m’incite à partager ce qui se passe dans une forme épurée. 

 

« Des expériences personnelles qu’il serait impossible d’exprimer sans cela peuvent aussi être communiquées aux autres dans la coquille protectrice de la fiction. Je pense que notre insatisfaction par rapport à la réalité, aussi, nous amène parfois à chercher une satisfaction dans la fiction. L’épuisement de l’existence dans le monde réel facilite le relâchement qu’apporte la fiction. »

 

Ses habitudes d’écriture ont-elles changé avec le temps ? Quand il débutait en tant qu’auteur, il devait souscrire à un certain nombre d’actions pour pouvoir écrire. Par exemple, il ne pouvait écrire que la nuit, et il ne pouvait pas lire un autre auteur sans en subir l’influence stylistique. Mais peu à peu il a appris à se concentrer et à écrire dans n’importe quelles circonstances et quelles que soient ses activités par ailleurs. En partie parce qu’il s’est habitué à ce travail, mais il a aussi dû s’adapter du fait de la vie de famille et de l’éducation des enfants.

 

A-t-il rencontré des moments de frustration dans son écriture et comment les a-t-il dépassés ? L’écriture de fiction ne lui apporte aucun stress. Il n’a jamais connu le syndrome de la plage blanche non plus. Mais son emploi du temps est souvent rempli de multiples autres taches : participer à des tables rondes, à des débats, répondre à des interviews de journaux et de magazines, donner des conférences, écrire des articles sur des questions politiques et sociales. Quand il n’a pas réservé assez de temps pour l’écriture fictionnelle, il connait en effet une forme de frustration extrême.

 

Dans l’interview, Keiichiro Hirano évoque aussi sa relation avec les lieux et avec l’histoire. La localisation de ses intrigues change constamment en fonction du thème de l’œuvre, depuis le Sud de la France au Moyen-Âge, en passant par le Paris du XIXe siècle, les montagnes de la préfecture de Nara sous l’ère Meiji, Tokyo ou la banlieue de Houston dans le futur, sans oublier la planète Mars et la réalité virtuelle. Il réfléchit toujours très attentivement au lieu le plus approprié pour l’histoire qu’il souhaite raconter et il fait des recherches avant de commencer le travail d’écriture. Les lieux qu’il choisit sont souvent des lieux où il a vécu ou qu’il a visités. Bien sûr, Tokyo, où il vit, est une ville qu’il utilise souvent.

 

A la question de savoir pourquoi les gens ont besoin d’histoires, il répond sans hésitations : « Pour demeurer en bonne santé mentale dans ce monde de fous. »

 

La journaliste lui demande pourquoi il a voulu préciser, dans le prologue de son roman At the End of the Matinee, qu’il s’était inspiré de personnes réelles qu’il connait bien. La plupart des auteurs ne précisent pas l’origine de leur inspiration. Keiichiro Hirano répond : « Je m'intéressais à la fonction du prologue dans certaines des meilleures histoires écrites du XVIIIe siècle au milieu du XXe. Robinson Crusoe, Les Frères Karamazov, La Montagne magique et La Nausée ont tous un prologue fascinant qui explique pourquoi le protagoniste est une personne qui mérite une attention particulière. Cet appareil permet à l'écrivain de faciliter lentement les lecteurs dans l'histoire, sans avoir besoin de se précipiter dans la partie passionnante pour capter l'intérêt des lecteurs facilement ennuyés.

 

« Lorsque le protagoniste est également décrit comme une personne réelle dans ce contexte, la relation entre l'auteur et le lecteur change. Au lieu que l'auteur propose un protagoniste auquel le lecteur réagit, l'auteur et le lecteur peuvent regarder le protagoniste côte à côte dans la même perspective.

 

« Dans une œuvre de pure fiction, le lecteur sera à l'affût des descriptions telles que «belle» et «talentueuse». Cela semblera artificiel si l'auteur essaie de dépeindre le protagoniste d'une manière positive comme celle-ci. Mais si le protagoniste est basé sur une personne réelle, le lecteur acceptera ces descriptions comme objectives. Cela est vrai même s'il n'est pas certain que la personne existe réellement. Je me suis spécifiquement inspiré du Coup de Grâce de Marguerite Yourcenar en écrivant À la fin de la matinée

 

« Au moment où de tels romans des époques précédentes ont été écrits, le caractère fictionnel de l'œuvre n'était pas rendu évident par la métafiction comme elle le serait plus tard, mais la fiction était évidemment fictive. Je pense que cela est en fait proche de notre situation actuelle, où la vie quotidienne des auteurs nous apparaît sur les réseaux sociaux. Mais si je commence sur ce sujet, je risque de ne pas m’arrêter, alors je le conserverai pour une autre fois. »

 

Keiichiro Hirano a toujours dit que quand il écrit un roman, plutôt que de produire une œuvre que les lecteurs ne peuvent pas poser et qu’ils lisent d’une seule traite, il préférait écrire un texte dans lequel on a envie de s’immerger, que l’on ne veut pas quitter, avec des personnages qui ne nous quittent plus. Un texte où l’on hésite entre le désir de tourner la page et celui de rester le plus longtemps possible dans l’histoire. Mais comment parvenir à ce résultat ? Keiichiro Hirano répond à cette question avec brio : « Lorsqu'un roman a une prose convaincante, déborde de tournures de phrase qui font trembler l'âme, présente des personnages plus intrigants que de vraies personnes et dépeint un monde qui procure un plus grand sentiment d'exaltation spirituelle que la réalité, je suis triste de devoir finir de le lire. Des œuvres telles que Crime and Châtiment et Buddenbrooks sont extrêmement longues, mais j'ai ressenti une véritable consternation à devoir fermer les couvertures lorsque je les ai terminées pour la première fois. Je pense que c'est parce que les œuvres d'art sont une sorte d'expérience viscérale intense. Pour donner un exemple plus récent, les histoires de Han Kang m'ont apporté le genre de plaisir que je viens de décrire.

 

« D'un autre côté, alors que nous aimons tous les livres qui nous absorbent et nous donnent envie de continuer à tourner les pages, les livres qui en font leur objectif principal à l'aide d'astuces techniques souffrent d’un certain vide. »

 

Dans son dernier ouvrage publié aux Etats-Unis, At the End of the Matinee, comment Keiichiro Hirano joue-t-il à alterner les moments forts sur le plan sentimental et ceux plus problématiques ? Quel usage fait-il des dialogues à cet égard ? « La musique et la peinture m'apprennent beaucoup à cet égard. Je pense au flux global d'une histoire en termes de musique. C'est parce que la musique est un art temporel. L'analogie avec des idées musicales comme le mouvement, la transition, l'harmonie et la mélodie me permet de visualiser l'équilibre et les changements dans l'intrigue.

 

« Quand j'écris une seule scène dans sa spécificité, je pense en termes plus picturaux à l'équilibre entre l'arrière-plan et le premier plan. Pour chaque scène, je me demande ce qui doit être mis au premier plan clairement et à grande échelle, et ce qui doit être repoussé en arrière-plan et doté d'une certaine distance et d'une certaine expansivité.

 

« Avec tous les problèmes du monde en ce moment, nous avons besoin de belles histoires d'amour comme At the End of the Matinee. »

 

29 mai 2021.

Keiichiro Hirano "Dans ce monde de fous"
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22 mai 2021 6 22 /05 /mai /2021 01:32

Un livreur à la porte. Un sourire. Un sympathie naissante. Bref, rien de très original. Cela aurait pu n'être que le démarrage d'une amitié nouvelle. Mais les deux acolytes ont des objectifs croisés. L'un comme l'autre a des raisons de vouloir se débarrasser d'une personne encombrante. Chacun disposera d'un alibi. Impossible de déceler le moindre motif. Quand on est sûr de ne pas pouvoir être pris, le meurtre apparait tout de suite comme une solution plus enviable. Pas possible d'être trahi par le moindre grain de sable. Il faut être réaliste : tuer devient un jeu d'enfant quand on est ainsi protégé. Certains appelleront cela du cynisme. N'est-ce pas l'autre nom du réalisme, en fait ?

 

Un livreur à la porte. Un sourire. Un sympathie naissante. Bref, rien de très original. Cela aurait pu n'être que le démarrage d'une amitié nouvelle. Mais les deux acolytes ont des objectifs croisés. L'un comme l'autre a des raisons de vouloir se débarrasser d'une personne encombrante. Chacun disposera d'un alibi. Impossible de déceler le moindre motif. Quand on est sûr de ne pas pouvoir être pris, le meurtre apparait tout de suite comme une solution plus enviable. Pas possible d'être trahi par le moindre grain de sable. Il faut être réaliste : tuer devient un jeu d'enfant quand on est ainsi protégé. Certains appelleront cela du cynisme. N'est-ce pas l'autre nom du réalisme, en fait ?

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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 04:28

L'auteur, au moment où il s'installe dans la ville mythique aux portes du Luberon, tombe amoureux de ses ruelles, de ses places à l'ombre des platanes, de ses fontaines et de ses églises. Il pénètre avec passion dans son histoire, dans ses histoires, depuis les premiers habitants qui peuplèrent, à l'époque antique, la colline Saint-Jacques, jusqu'à la période moderne. Il brosse un portrait des grands hommes et des grandes femmes qui marquèrent de leur empreinte la cité du melon, il découvre et nous fait découvrir les heurts, bonheurs et malheurs de son histoire comme toujours tragique, chaotique mais riche de la diversité humaine.

 

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2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 19:12
La vie ne vaut d'être vécue sans amour
 
Lassitude. C'est l'état dominant du pays. Réfugiés derrière leurs masques qui permettent d'éviter de montrer tout ce qu'ils veulent cacher, beaucoup de Français flirtent avec l'asthénie. Le décompte quotidien des contaminés et des morts, mode étrange de communication instauré par le gouvernement et docilement suivi par les médias dominants, distille sa petite musique comme une trépanation quotidienne.
Dans les maisons de retraite, on attend de recevoir quelques visites encore très comptées, tout en sachant que seule une visiteuse n'est pas filtrée à l'entrée. Dans les universités et les grandes écoles, quelques-uns ne résistent pas à l'attrait du plaisir immédiat dans les drogues dures, alcool en tête, et les fêtes d'autant plus tentantes qu'elles sont illicites. Apprendre a perdu son sens. Tout est sur le web. Quel besoin d'intégrer ?
Le télétravail, qui faisait rêver certains, se révèle une plaie pour celles et ceux qui apprennent à "gérer" comme on dit improprement, les jeux des enfants, les croquettes du chat, les courses aux horaires autorisés et autres obligations devenues contraintes fortes.
Beaucoup d'entre nous ne croient même plus dans les déconfinements mensuellement annoncés depuis un an par un président qui court après le temps et repousse sans cesse cet horizon, tentant de concilier comme il peut les injonctions des "acteurs" de la santé, parfois véritables acteurs, sans guillemets, des plateaux de télévision, et les exigences psychologiques d'un pays d'où la prise en charge psychiatrique a fondu comme neige au soleil depuis plusieurs décennies.
Mais on aurait tort de croire que la Covid-19 est la cause unique ou première de cette lassitude rampante. La pandémie n'est en fait qu'un révélateur, peut-être un accélérateur, de ce mouvement interne. Si l'on considère les sondages de l'IFOP sur la confiance dans l'avenir de leur pays, on sait que cette dernière fut élevée du début des années 1930 jusqu'en 1940 où elle connut une chute libre et qu'elle n'a jamais vraiment remonté depuis lors.
Il n'est qu'à considérer la croissance confortable de l'abstention dans les élections pour constater que même la politique ne procure pas d'espoir à la majorité de la population. L'approche de la folie des présidentielles, qui consiste à croire qu'un seul homme, parce que doté d'un grand pouvoir théorique - mais que vaut le pouvoir des impuissants ? - va changer la vie d'un coup de baguette magique, ne donne pas la moindre ouverture mentale à nos concitoyens.
Il est vrai qu'entre élire un adolescent en pleine mue, une éleveuse de chats, un rentier de l'oraison vulgarisée, ou quelques échoués des temps anciens, il n'y a pas de quoi sauter de joie. Quant aux perspectives qu'on nous présente, pour l'après-Covid, comme on dit, elles restent peu enthousiasmantes : Se pourrait-il que nous retrouvions, avec plus de force encore, les mouvements sociaux qui, des gilets jaunes aux "grèves SNCF", nous confinèrent régulièrement chaque week-end en nous empêchant de circuler librement dans ce pays en 2018 et 2019, avant le coup de grâce du confinement officiel ?
Vue sous cet angle, la pandémie n'est donc en effet qu'une confirmation. Elle a provoqué, à travers les décisions gouvernementales, une accélération des atteintes légales à nos libertés fondamentales - celle d'aller et venir en a pris un sacré coup -, un renforcement de la vision de court terme qui mine depuis quelques décennies l'exercice politique comme la gouvernance de nos entreprises, une plongée sans fin dans un état d'urgence dont il semble, entre djihadisme, mouvements sociaux et pandémie, que nous ne devions jamais sortir.
Avec ça, comment voulez-vous que notre jeunesse garde espoir ?
Elle le fait pourtant, en grande partie. Certes, on peut se focaliser sur le seul plaisir immédiat, au détriment de sa santé, de celle des autres, de la vie de son voisin ou de son compatriote. Certes, il existe un nihilisme de la fête sans fin, sans limites et sans barrières. Certes, il est aisé de penser que rien n'a de sens, ce que confirme la creuse injonction de certains managers, selon lesquels il faudrait "donner du sens" à ce qui n'en a pas, pour motiver artificiellement une partie de la population qui croit vivre sa lutte finale.
Mais la désespérance ambiante n'est évidemment qu'une illusion, une myopie mentale propre à ceux qui ne parviennent pas à voir un peu plus loin qu'eux-mêmes. Le confinement le plus dur est celui que nous acceptons le mieux et auquel nous participons. Il consiste à nous croire seuls, ce qu'une pratique quotidienne et répétée de l'écran d'ordinateur laisse aisément croire.
Le manque d'interaction humaine éloigne les êtres les uns des autres. Notre voisin n'est plus qu'une idée. Nos collaborateurs deviennent des objets à produire pour notre plus grande satisfaction. Bientôt, nous allons préférer les robots aux hommes, parce qu'ils ne s'encombrent pas d'émotions, eux, au moins, et répondent au doigt et à l'oeil.
Au contraire, il nous faut nous humaniser. Tendre une main morale, puisque nous ne pouvons le faire physiquement. Nous ouvrir aux autres plus encore quand on ne peut plus rien attendre d'eux. ce n'est pas très compliqué. Chacun le fait à sa manière. A titre privé avec son entourage proche, famille, amis, voisins. A titre associatif si telle est notre vocation. Par la création artistique ou littéraire qui façonne des formes où l'autre pourra se lover ou bien pousse des cris écrits, exhibitionnisme au pays des aveugles. Et de mille autres façons encore.
Quand j'avais vingt ans, j'entretenais une relation épistolaire avec un vieux bonhomme cynique qui, dans ses courriers privés, écrivait comme un adolescent naïf. Il est fréquent, sans doute, de protéger longtemps en soi l'adolescent blessé par sa rupture avec une future speakerine et de construire, pour survivre, un rempart de distance autour de soi. Il est aisé de feindre l'indifférence pour masquer une hypersensibilité maladive.
J'échangeais aussi de nombreuses lettres avec sa première dame qui ne l'était pas vraiment. C'est elle qui, dans sa générosité profonde, m'écrivit un jour pour me convaincre que, quand tout s'effondre autour de soi, il faut croire encore dans la création et dans l'autre. Elle se serrait de toutes ses forces contre elle-même et c'est ainsi qu'elle avait trouvé le désir de vivre encore et même le bonheur, malgré la solitude, le sentiment d'abandon, le manque d'amour.
Sa manière d'écrire était simple, sans fioritures, sans jugement, avec beaucoup de hauteur. Elle puisait au fond d'elle-même. Elle se caractérisait par une sorte de froideur sentimentale. Sa délicatesse consistait à dire sa vérité sans fard, sans masque, sans chichi, sans le recours à une tendresse feinte. Elle pensait que la souffrance des hommes était la seule réalité dont nous pouvions être certains, la seule donc qui méritât qu'on se batte pour la diminuer. Comme elle combattait avec ses émotions, elle fit plusieurs déclarations auxquelles je ne souscrivis pas. Elle s'acharna à tenter de me persuader qu'elle avait raison. Je comprenais bien, je crois, d'où elle parlait : son vécu commandait ses réactions. Mais ce que je considère comme ses erreurs, avec le temps, s'est effacé. Je ne retiens que le don de soi, total, à une cause, et la démarche passionnée qui lui évita toujours de se laisser abattre.
C'est cette leçon que nous devons retenir aujourd'hui, pour ne pas laisser le vide de l'époque nous démonter mentalement. Regarder autour de nous malgré les oeillères mentales que tentent de nous imposer, sans doute involontairement, ceux qui parlent d'en haut. Prendre notre destin en main. Aider ceux qui glissent à reprendre pied. Ne jamais espérer : toujours agir.
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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 00:49

 

 

 

Difficile de se débarrasser des personnages de Keiichiro Hirano, l’auteur du roman At the end of the matinee. L’écrivain japonais a une fois encore réussi son pari : construire une œuvre, développer une intrigue, imaginer des personnages, qui vous hantent jusqu’à plus soif. Longtemps après qu’on a lu le manuscrit – avant publication – et plusieurs jours après qu’on a lu, enfin, le livre traduit en anglais par Juliet Winters Carpenter, on se pose encore des questions sur la nature de cet ouvrage, sur le sens que Keiichiro Hirano a voulu donner à cette fiction, sur ce qu’on a cru comprendre, ce qu’on aurait dû savoir, sur l’impossibilité très japonaise que les choses essentielles soient dites.

 

Je viens de discuter sur Skype avec une amie à qui j’ai offert ce livre parce que je pensais qu’elle aimerait ce livre. Elle ne connaissait Keiichiro Hirano, ou tout au moins, elle connaissait de lui seulement ce que je lui en avais dit : son talent, la modernité de ses thèmes dans la plupart de ses œuvres traduites en langues européennes, la profondeur quasiment philosophique de ses réflexions sur le sens de la société contemporaine. Pas grand-chose, en vérité. Grande nouvelle : elle a beaucoup aimé le livre. Nous échangeons à ce sujet. Tout de suite, je réalise qu’elle n’a pas lu le même livre que moi. Elle a bien sûr vu, comme moi, le contraste entre la vie de grand reporter de Yoko Komine dans l’Iraq de la fin des années 2000 où le danger est permanent et où l’on est nourri d’adrénaline du matin au soir et du soir au matin, et le confort des grandes métropoles développées, Tokyo, Paris, Madrid, où l’on peut s’adonner au doute existentiel et se demander si l’on aime, quel est la forme de cet amour, jusqu’où l’on est prêt à aller et j’en passe. Oui, ce paradoxe est très présent au sein du livre, en tout cas pour ce qui est de la vie de la jeune journaliste. Bien sûr, la vie intense – celle dont parle Tristan Garcia dans son livre éponyme, est plus présente quand on sait qu’on peut mourir avant ce soir, que quand on s’imagine mourir d’amour, ce qui n’arrive que dans les films d’après-guerre.

 

J’avais reposé ce livre avec la certitude que Keiichiro Hirano avait construit devant nos yeux deux personnages aussi attachants qu’insupportables – attachants parce qu’attentifs, délicats et un peu perdus ; insupportables parce qu’ils, que tel était son choix le plus délibéré et que ce livre était au fond une critique ouverte et tolérante de notre époque, de notre impossibilité  à choisir vraiment, de notre difficulté à admettre la moindre frustration, de notre talent à nous inventer des drames : nous savons bien que la vie est tragique mais notre société est tellement aseptisée que nous avons le sentiment d’être préservés de tout, même de la mort.

 

Bref, l’attitude de Keiichiro Hirano me paraissait tirer vers les comédies de Woody Allen, toujours tendres avec les êtres, mais teintée d’une lucidité acerbe qui frôle parfois le cynisme. Peut-être qu’après tout l’auteur a mis de lui-même dans les circonvolutions labyrinthiques de Yoko et de Satoshi, qui jouent avec leurs propres sentiments, tentent de les analyser et ont bien du mal à mener à bon port leur barque amoureuse.

 

Il me semblait…

 

Mais une seule phrase, lancée à la légère, de mon amie lectrice a eu raison de mes belles certitudes : « Tu n’a pas aimé te retrouver dans cette histoire ! » m’a-t-elle lancé. Ce qui t’a agacé dans ces personnages, c’est ce qui t’agace chez toi. » Et pan !

 

Je n’ai pas su quoi répondre. Et si elle avait raison ? Mais en quoi ? Et lequel des deux personnages principaux aurait-il pu lui laisser penser que je me serais retrouvé ? Certes, je fais partie de ce petit monde favorisé, d’une certaine manière, qui vit plutôt bien la mondialisation, qui voyage régulièrement et qui partage sa vie entre le centre de la France, la Provence, Londres, les villes allemandes et italiennes et surtout le Japon, où je passe plusieurs mois par an et où j’ai eu la bonne idée, il y a douze ans, de tomber follement amoureux de la créature qui m’accompagne. Comme Nougaro qui déclarait, au début de sa relation avec Hélène : « Je viens de rencontrer la femme de ma mort, » j’ai eu la certitude, en croisant pour la première fois le regard de H., que ce regard-là ne me quitterait pas. Il est toujours là.

 

Elle n’a pas tort, bien sûr. On ne choisit pas impunément d’aimer à plus de 10 000 kilomètres si l’on ne préfère pas garder ses distances, éviter les risques de l’amour, mais surtout ceux de l’enlisement dans le quotidien. Je l’interroge sur sa vision de l’histoire. Pout elle, c’est une belle fiction sentimentale et romantique ; Yves Navarre aurait dit « sentimentique et romentale » mais le principe reste le même. Un homme autour de la quarantaine, guitariste de renom, et une journaliste engagée tombent amoureux.

 

Distance, métiers envahissants, engagements préalables. Pas facile de se retrouver vraiment. Ils se perdent (bêtement), se cherchent (pas trop fort), se retrouvent dans Central Park. Un petit côté Manhattan. Mon amie est certaine qu’ils vont vivre ensemble aussi longtemps que dans les contes (en fait, seulement quelques décennies) et avoir beaucoup d’enfants, quand je suis convaincu qu’ils ne tiendront pas trois minutes après une bonne scène leste dans un hôtel dont les baies vitrées surplombent la 5e avenue. Alors ? Grande envolée amoureuse ou illusion d’optique ?

 

Elle opte pour la première version. Je crois dans la seconde. Keiichiro a construit un livre. Nous sommes libres de nos interprétations. Mais je ne peux imaginer Keiichiro Hirano soucieux de nous raconter seulement une belle histoire d’amour, avec ses difficultés qui lui tiendraient lieu de sincérité.

 

Finalement, je me retrouve devant ce roman avec les incertitudes qui nous assaillent quand nous décidons de nous relier définitivement au Japon. Rien n’y est certes aussi mystérieux qu’on le dit. Mais l’essentiel étant montré, démontré entre les actes et rarement dit de manière explicite, on est toujours dans l’incertitude, dans l’expectative, dans l’entre-deux. Seul le temps fournit la confiance. Seul le temps fait que l’on se donne entièrement à l’autre. Keiichiro s’y entend pour concevoir des romans qui nous vrillent le cerveau et nous hantent des semaines durant.

 

Se pourrait-il que je n’aie pas compris ?

 

26 avril 2021.

KEIICHIRO HIRANO, UNE OEUVRE VIRALE
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